26. oct., 2012

Des Justes

Ayant lu le livre de Madame Yukiko SUGIHARA, "Visas pour 6000 vies", qui relate l’héroïsme de son époux dont je vous disais quelques mots dans mon avant dernier blog, et après avoir vu l’excellent film « Les hommes libres » de Ismaël Ferroukhi, conseillé par l’historien Benjamin Stora, sur l’histoire du sauvetage des juifs pendant l’occupation allemande par la Mosquée de Paris, j’ai eu envie de continuer mes recherches sur ces hommes et femmes libres qui ne se sont jamais résignés à l’horreur nazi.

Sans doute peut-être pour me redonner le moral et le partager avec vous dans notre époque obscure de résignation et de fatalisme.

Evoquer et honorer sans relâche la mémoire de ces humains dignes et debouts qui ont sauvé tant de vies aux périls des leurs est un rempart au pessimisme et à la résignation.

Quels  plus beaux messages d’espérances que ceux-là ?  

Souvent, nous sommes pleins de préjugés, mal ou peu informés. Il faut bien reconnaître que ce n’est pas facile de faire la part des choses dans nos vies soucieuses et agitées, où nous avalons tant d’informations visuelles prédigérées.  

Mais ici peut-être, dans le calme de cette feuille symbolique et de mes petites recherches d’amateur, et grâce surtout à quelques vrais cherchants adeptes de la vérité, comme Benjamin Stora, nous pouvons parfois rétablir la vraie Histoire. Un peu de fraicheur dans cette islamophobie ambiante largement entretenue par les médias qui entretiennent stigmatisations et boucs émissaires.

Le mot terroriste par exemple n’est curieusement assimilé aujourd'hui qu’aux seuls musulmans. Pourtant James Holmes le tueur qui a assassiné 12 personnes et blessé 57 autres, lors d’une projection aux Etats Unis, ou Anders Breivik, qui a massacré  77 personnes en Norvège, et que l’on voit à son procès faisant le signe nazi, n’ont jamais, l’un comme l’autre, été qualifié de terroristes, mais seulement de déséquilibrés ou de fous.

Est-ce que cela ne devrait pas nous interroger ?

 

Le devoir de mémoire rétablit les faits au détriment des croyances, comme lorsqu'on apprend que des musulmans, comme le recteur de la mosquée de Paris; Si Kaddour Ben Ghabrit, a participé pendant l’occupation, au sauvetage de nombreux juifs en les cachant comme musulmans pour organiser leurs fuites.  

Oui mes amis, tous les musulmans ne vivent pas dans la haine des juifs, comme certains auraient parfois trop vite tendance à l’affirmer.

Pour autant, ne tombons pas dans l’angélisme et continuons sans relâche à dénoncer toute forme d’extrémismes, toutes formes d’antisémitismes, toutes formes d’obscurantismes, et l’islamisme a une grande part aujourd'hui, sans pour autant confondre les musulmans avec les islamistes et en luttant contre toutes forme de régression.

Dans cet esprit de mémoire il fallait reconnaître aussi cette période obscure de Vichy. Il fallait s’excuser, au nom de la France, comme l’a magnifiquement fait le Président Chirac. Ma reconnaissance est immense pour cela, d'avoir reconnu enfin la responsabilité de la France pendant cette période, de ce gouvernement honteux de Vichy, mais aussi dans le même temps d'avoir glorifié ceux qui se sont battus pour la France libre, dans l’ombre comme dans la lumière.

La France n’a pas été seulement le terrain de collaborateurs que certains bien-pensants voudraient nous faire imaginer, sinon les juifs français auraient disparus dans des proportions bien plus grandes. Il y eut dans notre pays, des milliers de femmes et d'hommes, des justes, pour certains encore inconnus aux yeux des nations, tant ils agissaient dans une humble discrétion, qui ont participé à sauver l’honneur sali par d’autres en protégeant des vies innocentes.

Et j’ai envie ici d'évoquer les actions de certains d'entre-eux.

 

De citer après Shuine SIguhara, Feng Shan Ho, cet homme merveilleux, consul de Chine à Vienne de 1937 à 1940, qui établit comme Siguhara, des centaines de visas aux juifs autrichiens afin qu’ils puissent fuir l'Autriche.

 

Comment ne pas évoquer aussi le merveilleux Raoul Wallenberg, consul de Suède à Budapest, qui sauva des milliers de juifs en imprimant des passeports de protection qui identifiaient leurs porteurs comme citoyens suédois et les empêchaient ainsi d’être déportés.

Cet homme hors du commun, ira jusqu'à sauter sur les wagons d'un convoi en partance pour Auschwitz, au péril de sa vie, pour distribuer dans la plus grande précipitation aux passagers des wagons encore ouverts ces passeports de protection. De ce train, pourtant sous la garde des milices hongroises (les croix fléchées) et des S.S médusés devant son courage, tous les juifs qui ont pu recevoir ces passeports ont été sauvé de la mort certaine par son geste insensé et héroïque.

Le même Wallenberg louait à Budapest, trente deux bâtiments qu’il déclarait zone protégée par l’immunité diplomatique, où il installait d’énormes drapeaux suédois et des plaques qui portaient la mention « Institut Suédois de recherche », ou « Bibliothèque Suédoise », alors qu'en réalité ces bâtiments hébergeaient près de 10 000 juifs dans l’attente de leur exil ! Cet homme extraordinaire fut finalement malheureusement exécuté en 1947 par les Russes, lors de la libération de la Hongrie, parce qu'ils le soupçonnaient d’être un agent des Etats-Unis.

On estime le nombre total des juifs sauvés par Wallenberg à 130 000 !

 

J’ai envie d’évoquer Carl Lutz, encore un consul, vice consul de Suisse exactement, en poste en Hongrie et qui a sauvé des milliers de juifs en leur fournissant des papiers qui leur permirent d’échapper aux nazis.

 

Célébrer aussi, Angelo Rotta, ecclésiastique au service de la diplomatie Vaticane en poste en Bulgarie qui se dévoua pour sauver des juifs en leur distribuant de faux certificats de baptêmes.

 

Je veux inscrire ici dans cette trace d’encre, Giorgo Pelasca, citoyen Italien, qui pourtant appartenait jeune-homme aux jeunesses fascistes mussolinienne, en poste lui aussi à Budapest comme agent commercial d’une société de Trieste et qui après avoir renié son pays en 1943 suite à la capitulation du Roi d’Italie en faveur de la République Sociale Italienne de Mussolini, obtint la nationalité espagnole et fut employé par le diplomate Angel Sanz Briz pour sauver des juifs. Il dépassa les espérances de son employeur en délivrant des milliers de sauf-conduits. Particulièrement après le départ de Budapest de Sand Briz pour ne pas reconnaître le gouvernement hongrois pro-nazi, Pelasca se présenta frauduleusement comme le remplaçant du consul et rédigea lui même sa fausse nomination. Avec l’aide de Raoul Wallenberg il participa au sauvetage de milliers de juifs en leur attribuant la citoyenneté espagnole. Pour cela il se servit du prétexte d’une loi datant de Primo de Rovera qui autorisait le retour en Espagne des juifs d’origine Sépharade. Lui aussi, comme Suhigara ou Wallenberg, continuera à agir jusqu’aux quais des gares pour sauver le plus de vies possibles. On estime que son action a permis de sauver 5200 personnes.

 

SugiharaWallenberg, Pelasca, Rotta, Feng Shan Ho, ont tous  été reconnus par Israël comme Justes parmi les nations.

Leurs mémoires sont célébrées au musée de Yad-Vashem, qu'il vous faut visiter si vous passez à Jérusalem.

Evoquer la mémoire de ces hommes hors du commun me serre le cœur. Il y en eut beaucoup d’autres bien sur, beaucoup trop pour que je puisse tous les citer.

Après l’émotion de ces évocations, devant tant de courage et de magnifique humanité, tant de foi inébranlable, de combats justes pour le bien et la vie, c'est aussi un message d'espoir dans ces périodes troubles où la peste brune semble reprendre des formes.

 

Concluons par les mots d'Eliphas Levi :

« Il y a un homme plus fort que celui qui tue, c'est celui qui meurt pour sauver. »

La vie rien que la vie.

Commentaires

05.10.2014 19:23

jack elbaz

c est bien c est la verite il faut l entretenir ,mais perso j ai peu de consideration pour mr stora , mais cela est une autre histoire

15. oct., 2012

Pendu à Auschwitz

Raconter l’histoire de cet homme merveilleux que fut Monsieur Sugihara, a fait remonter de ma mémoire une histoire hors du commun que j’ai envie de partager avec vous.

 

En 1995, je suis parti à Auschwitz.

On fait plus gai comme destination, mais une opportunité due au cinquantième anniversaire de la libération du camp, m’avait amené sans réfléchir à accepter ce voyage imprévu.

Pleinement concerné par ce lieu de sépultures et de souffrances, où ont été gazés et brûlés, entre autres millions d’innocents, mes grands parents, Rachel et Ichoua, et déportés mes deux tantes, Marie et Esther et mon oncle Alfred, j’avais beaucoup d'appréhensions à faire ce voyage et je ne me sentais pas non plus dans cette obligation d’aller sur leurs traces compte tenu de notre implication dans ce drame du XXème siècle pour lequel je ne manquais pas d'informations.

Pourtant à l'hiver 1995 je prenais ce vol pour la Pologne vers cette terre maudite.

A peine atterri à l’aéroport de Cracovie nous prenions un autobus pour nous rendre à Auschwitz.

Les environs n’avaient rien de réjouissants, surtout à cette époque, où la Pologne venait à peine  de de s’émanciper. Tout était pauvre et gris. Dans le bus, l’ambiance était à l’image de ces paysages tristes que nous traversions. A l’exception de deux gaillards assez âgés, assis juste devant moi, plutôt bruyants et abusants d’une bouteille de vodka.

Je compris assez vite qu’il s’agissait de deux anciens déportés qui revenaient pour la première fois sur les lieux de leur déportation cinquante années plus tôt, et n’avaient d'autres choix que de s'ennivrer pour supporter le retour vers ce passé trop douloureux.

Un de ces hommes, particulièrement sympathique, s’appelait Sim Kessel. J’étais aimanté et intrigué par ce drôle de personnage qui dégageait malgré son grand âge une énergie vitale hors du commun..

A tel point, qu’à notre arrivée je restais à ses côtés pour la visite des camps. Sa mémoire semblait intacte, il me décrivait le détail des bâtiments que nous croisions et de ce qui s’y passait à l’époque. Il me désignait l’endroit, où dans le plus grand des cynismes, les allemands exigeait qu'un orchestre composé de prisonniers joue nuits et jours quelque soit le temps sans jamais s'interrompre.

Je profitais de cette visite guidée un peu particulière, mais bien plus passionnante que celle dictée par la morose guide polonaise.

Soudain devant un bâtiment, il saisit mon bras, devint tout pâle et me dit, « tu vois mon garçon, c’est ici que j’ai été pendu. »

"Pendu ? Mais comment est-ce possible puisque nous parlons ensemble aujourd'hui ?" « Et bien, figures-toi, que la corde s’est rompue, et que mon exécution fut reportée pour cette raison, sans doute par superstition. »

Mais pourquoi avez-vous été pendu lui demandais-je ?

« Parce que j’avais essayé de m’évader, et que la pendaison était le sort qu’on réservait à ceux qui tentait l’évasion pour que tout le monde puisse contempler la sentence qui attendraient ceux qui prendrait le risque de s'échapper. » Personne ne voyait les morts gazés, à part les Kapos en charge de cette tâche horrible, alors pour tenir les prisonniers et les maintenir dans la peur, dès qu’un d’entre-eux se révoltait, l’exécution était publique.

Il continua en m’expliquant que dès son retour au cachot, attendant la prochaine date de son éxécution, on lui apprit qu’il serait exécuté par le chef des Kapos d’une balle dans la tête comme celui-ci l'avait déjà fait froidement pour des centaines d’autres prisonniers.

Quand il rencontra ce kapo, il lui dit qu'’il devrait normalement l’exécuter immédiatement, mais comme on ne débarrassait les cadavres qu’au matin, il gagnerait une nuit de vie supplémentaire.

J’étais avide de connaître la suite, je n’en revenais pas de recueillir pareil témoignage.

Ce kapo s’appelait Jakob, et à peine abandonné seul dans sa cellule, il me raconta qu’il était persuadé l'avoir déjà croisé avant la guerre. Une bonne partie de la nuit se passa à se demander, comment et où, il avait pu le rencontrer, puisque ce Jakob n’était pas français.

Cela était d’autant moins facile qu’il souffrait de douleurs terribles, car même si la corde s’était rompue, elle lui avait sûrement déchirée plusieurs ligaments, et cela ne lui facilitait pas la tâche pour rassembler ses esprits, sans parler de l’épuisement physique et moral de sa condition de prisonnier malnutri.

L’espoir finit par renaître avec le retour de ses souvenirs. Jakob était un ancien boxeur comme lui, et il se rappellait avec le retour de sa mémoire qu’il avait été l’entraineur du fameux boxeur allemand Max Schmelling  qui fut un temps champion du monde. Il se mit alors à tambouriner à la porte de sa cellule, il lui fallait tenter le tout pour le tout, et tant pis, dans le pire des cas il le cognerait et se ferait abattre avant la fin de la nuit, mourir pour mourir qu’est ce que cela changerait ?

Jakob arriva contrarié.  Debout, face à lui Sim tenta sa dernière chance.

Moitié en allemand, moitié en français, il lui dit qu’il l'avait reconnu. Qu'un ancien boxeur ne pouvait pas tuer un autre boxeur, qu’il y avait la solidarité du sport, que lui Jakob, l’ancien ami du champion du monde Schmelling, ne pouvait commettre un tel geste.

Il sentit une part de vie renaître dans l’œil de Jakob, qui lui demanda plus de détails sur sa carrière de boxeur. Sim lui expliqua, lui donnant en détails toute sa carrière, ses combats comme amateur, insistant sur leur passion commune.

Jakob sembla ébranlé, et dans ces yeux gris et froids, Sim cru même voir une lueur de sympathie. Après quelques minutes de silence, Jakob s’en alla brusquement sans mot dire.

Après une heure d’angoisse et d’incertitude, il revint avec un paquet de vêtements propres et secs qui étaient affublés d’un autre matricule que le sien, celui d'un détenu exécuté la veille, en lui prononçant les paroles suivantes :

« Voilà, je vais t’ouvrir la porte avant le réveil. Tu vas t’en aller. Mais je ne peux pas faire plus. Officiellement je t’ai tué, je t’ai enlevé tes vêtements, et j’ai envoyé ton corps au crématoire. Aux effectifs tu es porté mort. Je ne te connais pas. Débrouilles toi »

On était à la mi-décembre 1944, le camp d’Auschwitz fut libéré le 18 janvier suivant.

Sim a été sauvé comme l’ont été mes deux tantes et mon oncle.

La chance bien sur, mais aussi cette irrépressible instinct de survie qui parfois nous donne des ailes pour ne pas nous résigner jusqu’à nous éviter une mort annoncée.

Parti d’Auschwitz, je n’ai plus jamais croisé Sim, qui reste dans mon souvenir, jusqu’en 2008, où, par hasard, écrivant mon livre et faisant des recherches sur Auschwitz et cette période, je suis tombé sur le sien «Pendu à Auschwitz », dont je ne connaissais pas l’existence, et où je retrouvais son histoire incroyable de sa déportation et de sa survie pendant 23 mois, dans cet endroit où l’on ne survivait guère plus de trois. 

Sim n’est plus de ce monde, mais si vous trouvez un jour son livre, n’hésitez pas à l’acheter, et si vous êtes un peu las de cette vie difficile, je vous en conseille la lecture, elle est le meilleur des remèdes pour relativiser ses problèmes.

A la vie, rien que la vie.

Commentaires

30.08.2022 17:03

Charles Guiffray

Je viens juste de terminer le livre de Kim Kessel "Pendu à Auschwitz". Incroyable la volonté et le courage dont a fait preuve cet homme, une leçon pour nous. Reposez en paix Monsieur Kessel

15.06.2017 15:51

Dominique Voinçon

Sim Kessel venait dans les années 70 à l'hôtel tenu par une cousine de ma mère à Pornichet. Losrque "Pendu à Auschwitz" est paru il l'a dédicacé à mon père. J'ai ce livre chez moi en Suisse.

25.04.2017 08:40

Marie

Parmi tous les articles du blog, j'avais omis de lire celui-là, peut être parce que je n'aime pas tout ce qui est triste. Quelle belle rencontre......

23.04.2017 19:53

Shoshana kessel

Magnifiques témoignage ... s'il kessel est mon grand père que son âme repose en paix ..;(

24.04.2017 07:33

Rémy

Merci ! Je suis très touchée que vous ayez pu le lire. C'est votre grand père qui était magnifique !
Mon amitié. Rémy

21.10.2015 10:45

francine mayran

Merci beaucoup de me faire découvrir ce nouveau témoignage. Vous en me connaissez pas.
Je voulais partager avec vous le parcours de mémoire que je mets en place depuis 2008, pour réveiller les consciences sur ce que l’obscurantisme, l’adhésion à une paro

21.10.2015 16:12

Remy

Bonjour,
malheureusement par ce bied le message est limité, mon adresse mail est remyofmars@hotmail.com , si vous voulez terminer votre message cela sera mieux

31.10.2012 10:47

Rémy

Merci ! Bientôt le livre...

31.10.2012 10:43

Nelly

Un petit bout de votre histoire se dévoile pour moi aujourd'hui. L'article m'a tenue en haleine jusqu'au bout.
Merci

15.10.2012 19:51

catheine

un conte de fée au sein de cette atroce période et horrible destin des ces gens, qui aurait pu y penser ! merci de me faire découvrir cette histoire

15.10.2012 18:25

marie

il faut avoir frôlé la mort pour pouvoir savourer la vie.

12. oct., 2012

Vous connaissez Chuine Sugihara ?

Au secours je suis pris d’une grave crise d’utopie.

J’ai peur de ne pas arriver à la soigner, car je pense qu’elle est atavique. Un truc que tu choppes à la naissance sans pouvoir jamais t’en débarrasser, du genre tu tombes sept fois, tu te lèves huit et ainsi de suite jusqu’au dernier souffle. Sale maladie ce truc.

En plus je suis en colère contre vous. Pas contre toi chenapan puisque tu me lis et que tu bois mes paroles… 😉 Non, contre vous, les autres, qui dormez tout le temps et ne faites rien pour essayer, au moins essayer, de changer les choses.

J’ai l’impression que l’humanité est comme un homme dont la maison brûlerait et qui resterait tranquillement assis immobile à l’intérieur. 

Vous ne trouvez pas que ça sent le roussi dehors ?

 

On a toujours plusieurs solutions, mais il faut toujours faire la guerre, rien ne va de soi. Et la guerre, même pour les bonnes raisons, il faut reconnaître que c’est pénible.  

Mais qu’est-ce qu’il raconte le blogueur fou ?🤨

Mais quelle guerre doudou dit-donc ?

Une guerre pour un avenir meilleur ?

Une guerre contre la fatalité ?

Une guerre pour plus de justice et de solidarité ?

Une guerre pour la paix ? Contre la pollution ? Contre le cancer qui ressemble de plus en  plus à une épidémie ?

Une guerre contre Monsanto et son Roundup pourri ?

Une guerre contre toute forme d’obscurantisme et d’extrémisme ?

Oui tout ça, et encore plus, peut-être simplement une guerre qui ne ferait de mal à personne, pour éviter justement celle qui nous pends au nez si nous ne faisons rien et qui fera beaucoup de mal à beaucoup de monde.


Tous les matins pendant mon jogging, cette pensée m’obsède ; que faire ?

Evidemment, je meurs d’envie de rejoindre la masse débordante des heureux non-voyants qui profitent, ou de ceux qui pensent qu’il n’y a rien à faire, que tout cela ne dépend pas d’eux, mais de la providence ou de la fatalité, et qu’on verra bien ce qu’on verra.

Les mêmes qui nous disent de profiter au lieu de se prendre la tête en conneries pessimistes ! Qui proclament  qu’ils en ont vu d’autres !  Qui nous disent, pour certains, allons, on l’a connu nous la guerre, et on s’en est remis, et les difficultés ne nous effraient pas !

L’homme trouve d’ailleurs toujours des solutions !

Et ne vit-on mieux et plus vieux à notre époque formidable nous disent-ils ? Cesses de te plaindre idiot ! (L’idiot c’est moi) 😮

Fais ton jogging, arrêtes de penser et fermes ta grande gueule !

Oui, oui ! Je veux être ça moi ! Je veux être comme eux ! Siouplait allez ! Moi aussi les yeux clos ! ….

 

Mouai… De retour de la course, après la douche, non, je ne veux plus finalement, tant pis pour ma tête, je préfère qu’elle reste droite, même trop agitée à l’intérieur.🙃

 

Vous connaissez Chuine Sugihara au fait ? Non ?

Je vais essayer de réparer cette lacune.

Voici résumée ici son histoire pendant la dernière guerre mondiale.

Cet homme était un diplomate japonais qui fut nommé consul du Japon en Lituanie. La Lituanie avant 1939 était indépendante mais les russes voulaient l’annexer pour mettre leurs troupes sur son territoire stratégique face à l’Allemagne nazi qui envahissait la Pologne. Les soviétiques, malgré l’accord qui les liait à l’Allemagne sur la neutralité de la Lituanie, finirent par l’envahir en juillet 1940 par crainte des nazis et elle perdit son indépendance.

Les consuls des différents pays, dont Sugihara pour le Japon, furent rappelés et les consulats sommés de fermer.

Il y avait en Lituanie une communauté juive très importante, soit installée depuis longtemps, soit issue d’une émigration massive après l’exil des juifs allemands ou polonais qui fuyaient les pogroms.

Lorsque la Lituanie fut annexée à la Russie, les juifs voulurent s’enfuir de nouveau et demandèrent des visas de transit à l’ambassade Japonaise. Pourquoi le Japon ? Parce qu’aux confins de la Russie, on pouvait rejoindre le pays du soleil levant après la traversée par le transsibérien, et de là, partir pour un autre pays d’accueil.

Tout cela n’était possible, qu’à la seule condition qu’un pays d’accueil soit prêt à accorder des visas aux réfugiés, faute de quoi le Japon n’accepterait en aucun cas de délivrer ces visas de transit. Pas facile à cette époque, sans moyens de communication intercontinentaux rapides, de trouver une solution. 

Le consul Sugihara, ému par ces populations persécutées, et malgré son ajournement de sa fonction de consul après l’envahissement soviétique, a cherché par tous les moyens un pays qui voudrait bien leur accorder ce visa indispensable, et a fini par convaincre l’ile des Antilles, Curaçao, qui accepta de délivrer des visas d’entrée sur leur territoire. Peu importe si ensuite ils ne s’y rendraient pas, l’essentiel étant de fuir la Russie (Une grande partie de cette communauté s’installera d’ailleurs en Chine à Shanghai pendant la période 39/45).

Notre consul commença à délivrer des visas, contre l’avis de son administration japonaise alarmée par l’afflux massifs des demandes, et des impératifs de fermeture du consulat. Mais des centaines, plusieurs centaines de juifs étaient dans l’attente de cette seule espérance de survie. Il travailla jour et nuit, repoussant de 20 jours la fermeture officielle du consulat et délivrera en un mois 2000 visas familiaux qui permettront de sauver 6000 vies !

Expulsé manu militari par les soviétiques qui l’obligeront à embarquer dans un train pour Berlin, il fit passer aux juifs sur le quai de la gare, jusqu'au dernier moment par les fenêtres de son wagon, tous les laissez-passer vierges qui lui restait, s'excusant de ne plus pouvoir écrire.

Vous imaginez la descendance de ces 6000 vies sauvées ? 

Sugihara, que ton nom soit béni devant les hommes, pour ton action, ta désobéissance, ton incapacité à te résigner, et l’humanité qui fut tienne au péril de ta vie.

En poste ensuite à Berlin jusqu’à la fin de la guerre, il fut après la libération interné avec sa famille pendant trois années sur place et après son retour dans son pays, on le mit à la retraite avec une maigre pension.

Enfin, en  1985, Sugihara fut élevé au rang des justes des nations par Israël, il est mort le 31 juillet 1986.

Voilà un juste hors du commun, même si l’on ne peut parler de commun pour un juste, n’est-ce pas ?

 

Je vous raconte cette magnifique histoire, pour vous dire que finalement on a toujours le choix,  laisser aller les choses, ou s’engager pour changer leurs cours.

Penser que l’homme est mauvais et que l’on ne peut rien faire est une façon de se résigner à ne rien changer.

 Penser que l’on ne peut rien sur les évènements, à son échelle c’est encore se résigner car on peut toujours un petit quelque chose, n’est-ce pas au moins une minuscule petite chose que ce blog, que cette espérance qui j’espère sera aussi la votre ? 

Lorsqu’on voit l’état du monde, on peut légitimement imaginer que nous ne pourrons pas continuer ainsi bien loin sans changement radical.

Pour nous bien sur, mais aussi et surtout, pour nos descendances.

Mon utopie, c’est d’imaginer cette prise de conscience grandissante et qu’à force de trépignations écrites ou verbales l’on finirait peut-être par faire dériver un peu notre trajectoire pour éviter le mur. Pourquoi ne pas essayer ?

Pourquoi ne pas se servir utilement d’internet, cette communication planétaire qui pourrait être utilisée à autre chose qu’à véhiculer des horreurs ou des banalités pour les voyeurs que nous sommes tous devenus. L’utiliser à devenir des citoyens de ce monde qui est sous notre responsabilité, que nous pouvons changer et influencer sans sombrer trop souvent dans le fatalisme. 

Cher lecteur, si tu partages cette idée, prends le relais, avec moi, sans but ni profit autre que cette utopie, car seul on ne peut rien, mais ensemble nous pouvons tout !

 

Et les derniers mots à Simone Weil (la philosophe pas Simone Veil la femme politique) :

« L’avenir ne nous apporte rien, ne nous donne rien; c’est nous qui pour le construire devons tout lui donner, lui donner notre vie elle-même. »

 

Le-Haïm (A la vie)

10. oct., 2012

La fin d'un monde ?

Lorsqu'est survenue la crise des supprimes aux USA en 2008 et que le monde bancaire a failli s'effondrer, j'ai brutalement pris conscience d’une réalité qui m'échappait complètement auparavant.

J'assistais, comme la plupart vraisemblablement, à cette découverte via les médias, de cet incroyable scénario cynique dans lequel les banques mondiales les plus réputées, notamment américaines, mais aussi françaises et européennes, avaient participé.

J'ai mis un certain temps à réaliser ce dont il s'agissait réellement, tant les détails de cet imbroglio financier étaient inattendus et surprenants.

J'entendais bien les commentaires des médias, mais cela me paraissait tellement incroyable que mon esprit n'arrivait pas à synthétiser tous les détails de ces opérations financières qui semblaient menacer notre système économique mondial de s'effondrer. Je pensais que ces opérations n'étaient pas de mon monde, ni de ma capacité à assimiler.

Ce n'est, que lorsque les états ont commencé à renflouer certaines banques dans plusieurs pays, que j'ai fait un effort particulier pour essayer de comprendre, ce ne fut pas facile car les mathématiques et les analyses financières sont loin d'être ma spécialité.

J'avais du temps, alors, laborieusement, j'enchaînais les lectures d'économistes, de philosophes, de politiques, qui s'exprimaient sur cette déroute financière tout en faisant le bilan de ce monde dans lequel nous vivons où le capitalisme néo-libéral est devenu quasi généralisé sauf à quelques rares exceptions près.

 

Mon propos, n'est pas de faire un résumé de mes lectures, mais plutôt de donner mon sentiment. Comme on le ferait avec des amis avec qui l’on s'inquièterait du devenir du monde. Je prends ainsi, volontairement, le risque de propos « de café du commerce », mais en même temps n'étant ni qualifié, ni économiste, difficile de faire autrement.

En fait, à partir de 2008, mon inquiétude est allée crescendo.

J'avais bien constaté que le monde ne tournait pas très rond depuis quelques années. Particulièrement le jour où mon conseiller financier tentait de m'expliquer tous les avantages que j'aurais à investir dans des « Junk-Bonds. » A l'écouter, je comprenais que le monde de la finance était devenu complètement dingue, et que si des gens sérieux avaient l'air aussi convaincu que lui, tout cela ne devrait pas tarder à imploser.

Je n’expliquerai pas ce que sont réellement les « Junk-Bonds »,  pour commencer à avoir peur, il suffit de traduire en français cette appellation, qui veut dire ; obligation pourrie.. Quand un marché vous invente des titres avec un nom pareil, il y a de quoi effectivement avoir les jetons..

Depuis quelques années, je constatais bien un changement de nos structures qui ne me paraissaient pas aller dans le bon sens, mais, étant sorti des affaires depuis quelques années, je me disais que je n'étais plus vraiment dans le coup, car en dehors du système, j'étais assez mal placé pour avoir les idées claires sur les thèmes économiques.


Et  en réalité qu'est-ce qui ne convenait pas ?

Etaient-ce ;

Le pouvoir d'achat dégradé de façon générale ?,

Notre société en déliquescence au plan des valeurs et des idées ?,

Ou encore une classe moyenne trop tirée vers le bas ?,

Ou bien, une classe politique un peu trop corrompue ?,

Ou une montée en puissance des mafias au plus haut niveau ?,

Je ne sais pas vraiment, peut-être un peu tout ça à la fois finalement.


Comme la grande majorité, j'étais dans la plus grande passivité, me disant avec le choeur général, que le monde était le monde, que finalement ceux avec qui je débattais lorsque j'évoquais mes espérances en l'homme devaient avoir raison, que l'homme était bien mauvais, qu'on ne pouvait rien faire ou presque, et patati et patata..

La résignation.


Et puis pourquoi se plaindre ?  

Pourquoi ne pas se réjouir de ce monde merveilleux qui permet à certains d'accumuler toutes ces richesses, plutôt que de se préoccuper des autres, des opprimés comme des chômeurs, des pauvres ou des immigrés, et hypothéquer sur l'avenir d'un monde qui ne changera guère ?

Bien sur...


Surtout que, lorsqu'au vrai café du commerce je continuais à défendre avec vigueur auprès des copains, mon raz le bol du réchauffement planétaire, de l'augmentation du nombre de pauvres, ou de me plaindre de l'état du monde, on me renvoyait inlassablement dans mes buts, enfin, plutôt vers mon train de vie...

Gauchiste plein de caviar que je suis.

Mais l'intolérable et paradoxal cracheur dans la soupe, qui voudrait bien continuer gaiement à accumuler et rouler à tombeau ouvert dans le luxe, ne peut faire autrement que se rendre compte aussi des limites de sa connerie qu'il voudrait partager dans l'espoir de la diminuer.


Mais pour essayer de comprendre, revenons à nos moutons de Wall Street.


La mayonnaise financière après 2008 montait malheureusement plus haut encore que mes craintes, faisant naître après la crise bancaire cette délicieuse crise dont nous nous délectons encore aujourd'hui, dite crise de la dette.

Pour essayer de réfléchir à son origine, et tenter d'en découvrir les causes qui ont permis cette situation, je dus augmenter mes lectures, et visionner tout ce qui était possible sur les crises financières en général et Argentine en particulier, qui ressemblait pour l'Argentine, tout de même pas mal à ce que nous vivions en Europe.


J'allais jusqu'à avaler avec beaucoup de difficultés, certains des économistes qui fondent une part de nos systèmes ou de certaines de nos idéologies, comme Keynes, Schumpeter ou encore Milton Friedmann. Je m'obligeais à lire également, ceux (les économistes), qui influencent nos sociétés modernes, particulièrement en France, comme Jean Paul Fitoussi, Elie Cohen, Jacques Attali ou Alain Minc, entre autres. Conseillers des médias, ils apparaissent à tout bout de champs et quand ce n'est pas sur une chaine c'est sur l'autre. On imagine mal d'ailleurs à quel point une petite poignée d'économistes, sont les invités permanents des médias, et influencent l'inconscient collectif en créant une forme de pensée unique dans l'opinion, mais c'est un autre débat, il faut visionner sur ce sujet l'excellent reportage sorti en salle il y a peu de temps, «  les nouveaux chiens de garde. »


J'ai puisé également chez les philosophes qui réfléchissent ou ont réfléchi sur les fondements de nos sociétés capitalistes libérales, qu'ils font remonter pour certain comme Dany Robert Dufour, à Pascal, rendez vous compte, allons y pour la lecture des pensées, ou à Sade, mais là je vous reporte à la lecture de son ouvrage  « la cité Perverse », ne pouvant donner aucune tentative d'explication, chaque hypothèse sur les sources du néo-libéralisme étant à elle seule l'objet d'un débat.

Si cette réflexion donne l'envie d'aller chercher, il faut le faire, c'est réellement passionnant.


Mais revenons au sujet et allons droit au but.

Ce que je pense, c'est que ce que nous vivons aujourd'hui n'est pas une fatalité, mais le résultat d'un choix idéologique et doctrinaire.

L'homme, ce sacré animal, a choisi (ou pas) d’être égoïste.

Comme l'écrivait Mandeville, traducteur anglais de La Fontaine, dans sa fable des abeilles, qui serait pour certains penseurs le texte fondateur du néolibéralisme ;

« Le vice privé ferait la vertu publique ! »

Ainsi la satisfaction de ses besoins, de son égoïsme, ferait à la fin, selon ce théoricien, le bien général. Ainsi le marché devrait faire loi, comme réglé par une instance divine, s’autorégulant de lui même. Laissons les riches s'enrichir disait-il, les pauvres en profiteront grâce au marché qui s'auto-régentera.

Notre société occidentale, de l'Europe à l'Amérique, est bien réellement fondée sur cette hypothèse d’origine anglo-saxonne. Une théorie déiste qui croirait en la providence comme régulatrice suprême.

Voilà qu'on imaginait le capitalisme a-moralement humain, alors qu’ici son fondement serait défini comme providentiel...


Pourtant dans l'histoire du capitalisme occidental, cela n'a pas toujours été la liberté totale qui a primée sur la régulation.

50 années de stabilité monétaire et économique, que nous devons à Roosevelt, aux Etats Unis, ont suivis les accords de Brettons Woods en 1944. Ce n'est qu'après l'arrivée de Ronald Reagan au début des années 80, que vont être libéré les gardes fous monétaires et fiscaux qui avaient été mis en place par Roosevelt juste après la dernière guerre mondiale, et suite à la grande crise de 1929, pour faire entrer le monde dans l'ère du marché libre.

De ce sacro saint marché, du marché qui s'auto régulerait en vérité absolue.

L'apothéose libérale s'achèvera avec l'arrivée de Georges Bush qui déverrouillera les derniers cadenas de régulation, notamment financiers, pour passer d'une ère capitaliste libérale à une ère capitaliste néo-libérale appelée plus souvent ultra-libéralisme. Ultra car désormais grâce à lui sans limites.

 Essayons de comprendre toutefois par le petit bout de ma lorgnette, comment tout cela s'est traduit concrètement, et particulièrement pour nous en France, grâce à un petit exemple, certes bien réducteur et personnel, mais relativement pragmatique.

Qu'est ce que c'est que ça le néolibéralisme ? Et qu'elle est la différence avec le libéralisme ou plus simplement le capitalisme que nous avions connus avant le vilain Ronald ?

Voyons, comment et de quelle façon, nous en sommes arrivés là, et qu'est ce que cela a changé pour nous.

Pour cela, je vais vous parler de ma petite expérience personnelle, d'un temps ancien où je participais à la vie active, expérience qui fonde ma recherche à postériori.

J'ai travaillé pendant une vingtaine d'années, dans le transport routier de marchandises. Je commençais à travailler en 1981, et je vais vous raconter à ma façon un petit état des lieux de cette époque bénie que je trouvais en entrant, et que je ne laissais pas dans le même état que les WC en sortant.

Et même si le grand méchant socialo, père selon le parti adverse de tous nos problèmes actuels, prenait à la même époque les commandes de la France, on ne vivait pas à mon souvenir sous son règne, chez les Gaulois au pays des soviets.

Comme sous Giscard qui précédait le grand méchant loup socialiste, existait en France une économie capitaliste fondée sur le profit, mais encadrée par un certain nombre de régulations multiples et variées.

Par exemple, dans mon métier, comme dans beaucoup d'autres, il n'y avait pas de vraie liberté tarifaire. Le marché était libre, et les intervenants du marché, libres de travailler avec qui ils voulaient, mais les prix eux, étaient contrôlés et déterminés par l'état par le bief de son ministère des transports.

Pour donner un exemple concret, lorsqu'un client demandait de transporter 20 tonnes de lessives, que l'on fabriquait à l'époque avant la désindustrialisation, encore à Marseille, nous prenions pour établir un devis, un livre officiel, sur lequel était inscrit un ensemble de barèmes, à la fois kilométriques et de nature de marchandises, pour trouver en correspondance le prix que nous devions appliquer pour cette opération. Ce prix était fixé par l’état, aidé par des organismes professionnels, et prenait en compte les charges réelles liées à ce déplacement, en incluant une marge bénéficiaire pour l’opérateur. Incroyable aujourd’hui mais vrai et pas si vieux.

 Bref, le monde commercial était réglementé, mais la vie était belle, et sur cette base tarifaire commune, la différence n'était pas systématiquement au moins disant, constance de la modernité du marché actuel, mais à celui qui offrirait le meilleur service, la meilleure prestation ou le plus beau sourire commercial.

L'avantage de ce système, qui allait devenir vite terriblement démodé, est qu'il préservait un grand nombre d'acteurs intervenants dans ce monde du transport.

Des Centres d'affrètement, superviseurs du ministère garantissait du travail aux petits artisans, aux intermédiaires de commerce en grand nombre, comme les commissionnaires ou les transitaires, qui régulaient le marché, et les transporteurs se souciaient surtout de leur métier d’abord, qui était de transporter dans les meilleures conditions possibles, plutôt que de courir derrière les clients et la productivité.

Cette douce période n'a pas durée, car sont arrivés avec la fin des années 1980, notamment lors de l'alternance du gouvernement Chirac, les chantres du libéralisme qui ont pu enfin mettre en place, ce qui l'était déjà aux USA et en Angleterre depuis le début des années 80 avec Ronald Reagan et Margareth Tatcher, cette sacré sainte loi du marché qui allait s'opposer à l'état providence et régulateur, pour que la liberté devienne enfin la seule reine des échanges commerciaux.

Je précise afin d'éviter toute confusion politicienne, que la gauche socialiste de l'époque n'était pas en totale opposition avec ce désir de dérégulation, bien au contraire. La liberté était de mode.

Cette liberté, appliquée à de nombreux secteurs, dont celui du transport, a changé complètement la donne et le paysage économique de nos entreprises à une allure vertigineuse et très vite incontrôlable.


Au début des années 1990, nous avons assisté en un éclair, aux regroupements des entreprises, à la multiplication et au grossissement des multinationales, et à l'effondrement constant des PME indépendantes.

Là aussi, comme aux Etats Unis, cinquante années de stabilisation et de régulation du secteur se sont vues remises en cause du jour au lendemain par la modernité du libéralisme, tournant brutalement la page des trente glorieuses.

 Triomphe de la modernité.

Liberté oui mais pas pour tout le monde.


Aujourd'hui la PME indépendante moyenne qui bichonnait ses clients, et produisait des richesses locales, a presque disparue.

Restent seulement dans ce marché du transport , quelques multinationales gigantesques et une masse de sous traitants esclaves sans cesse paupérisés par des sièges sociaux déplacés au Luxembourg qui permettent l'embauche de chauffeurs des pays de l'Est aux salaires deux fois inférieurs à ceux des français.

L'Europe sociale n'existant pas, des différences énormes co-existent entre les pays.

Les organisations syndicales du secteur, autrefois puissantes, ont eu beau dénoncer ce système qui paupérisait les entreprises du secteur, mais rien n'y a fait, la poussée du libéralisme a été la plus forte.

Pourtant la volonté de l'état, du politique, aurait vraiment pu changer la donne.

 

Cet exemple du transport n’est pas unique, tous les pans de l’économie ont évolué en ce sens.

Comme par exemple avec le déploiement de la grande distribution les regroupements des entreprises se généralisaient dans l'indifférence générale, comme diminuaient pendant le même temps le nombre d'intervenants. Mieux, ceci se passa avec l'approbation de la grande majorité, et surtout du consommateur, qui allait pouvoir bientôt profiter de ce système en achetant des produits manufacturés à bas prix, sans considérer qu'un jour il en paierait les conséquences.

Cette situation a eu un prix élevé pour certains industriels, qui fut d'abord la réduction de leur parc de clients. Les industriels de l'agro alimentaire le savent bien, ils sont passés d'un compte client de centaines d’entités différentes à seulement 5 ou 6 clients pour la plupart d'entre eux.

La liberté à un prix, qui n'inclue pas la diversité.

 

Cette augmentation de la distribution dans tous les secteurs d'activités a transformé le monde économique industriel mais aussi celui de nos points de vente.

Nous avons pour beaucoup d'entre nous, souvenir de ce qu'étaient nos centres villes d'autrefois.   

Nous avions dans la plupart des villes,  pléthore de magasins multi-marques, qui faisaient l'originalité des centres. Aujourd'hui, lorsque nous nous promenons à Marseille comme à Poitiers, Lyon, Toulouse, nous avons l'impression d'être toujours au même endroit en fonction des enseignes. Le seul changement est d'ordre architectural. Cette généralisation du commerce de proximité, dit commerce de chaine, a généré une augmentation considérable de la valeur des pas de porte, tant les moyens des grands groupes étaient illimitées en regard de leur volonté d’implantation.. Evidemment, le libraire local ou le petit commerçant indépendant avaient tout intérêt a accepter l'offre alléchante des Zara, Mac Donald, Promod, H&M ou autres. Car leur offre d'achat représentait parfois plus de 20 ans de chiffres d'affaires avec en parallèle des propriétaires fonciers qui poussaient à la hausse des loyers qui devenaient intenables pour des activités à faible marge, en fonction du prix moyen de la valeur locative qui ne cessait d'augmenter. Par ici la sortie Messieurs les petits commerçants.

Qui aurait pu résister ?

C'est ainsi, c'est la loi du marché, de ce monde moderne merveilleux que nous avons laissé bâtir et que nous laisserons à nos enfants qui auront l'avantage de se repérer facilement pour leur sortie hebdomadaire de loisir-shopping, la boutique Disney, ils sauront bien qu'elle est au maximum à 200 mètres du Mac-do lui même tout proche de la Fnac et à deux pas de H&M...

La liberté du marché n'engendre pas la diversité, mais la rationalisation et la concentration.

Je ne suis pas un grand amateur de ces concepts.

 

Mais alors, faut il sombrer dans la nostalgie, le passéisme et refuser le progrès ?

Je ne le pense pas mais je regrette simplement et véritablement la diversité, qu'heureusement l’on trouve encore en Italie, mais pour combien de temps ?  Un pays au banc des agences de notation mais qui pourtant fait de la résistance en limitant les grandes enseignes. Rassurez vous,  pas d'illusions, cela ne durera pas. H&M, Zara, Mac Donald, et beaucoup d'autres y sont déjà installés et grignotent pas à pas leurs places.


Voilà ce que produit ce monde du marché global qui favorise les conglomérats, l'efficacité, la concentration, la possibilité d'acheter le plus vite possible pour que nous devenions ce que la loi du marché espère uniquement pour nous, de bons consommateurs lobotomisés aux réflexes pavloviens. Poil au chien.


Ces multinationales sont des entités livrées à elle mêmes, comme l'industrie financière, elles sont sans contrôles. Les actionnaires me direz vous ? Je ne crois pas. Les actionnaires, veulent seulement que l'entreprise, plutôt son action, rapporte le maximum de dividendes. Peu importe l'éthique, même si ici ou là certains patrons n'en sont pas dénués bien entendu, peu importe les méthodes, peu importe aussi que les conseils d'administrations soient complaisant s'ils sont généreux en dividendes, l'essentiel n'est qu'au rendement financier.

Quant aux conseils d'administrations, les mêmes participants s'y retrouvent aux commandes de plusieurs multinationales, servant d'abord leurs intérêts personnels avant ceux de leurs salariés. Il y aurait tant à dire sur la différence de salaire entre les dirigeants et les salariés, différence qui n'a pourtant jamais existé dans ces proportions aux heures les plus inégalitaires de l'ère des grandes familles industrielles du XIXème siècle.

 

Un monde livré à l'avidité. Une explosion de ce vice qui n'a jamais pu s'épanouir autant dans toute l'histoire de l'humanité.

 

Mais quel rapport il y a t il avec ma petite expérience, ma modeste vision, et les crises financière de 2008 puis de la dette de 2011 qui font l'objet de ce questionnement initial me direz vous ?


L'industrie financière dérégulée, fonctionne comme un casino, et ne cesse d'inventer des produits de spéculation qui ressemblent plus aux créations de la française des jeux, qu'à des produits sérieux.

Il faut se renseigner sur l'ensemble de ces système qui permettent de prendre des options à la baisse ou à la hausse sur des montants considérables mais qui n’engagent que sur des portions de ces montants, en jouant sur les valeurs de correction de cours infinitésimales. Circulent sur internet nombre de propositions de ces sociétés de courtage, au passage, toutes basées dans des paradis fiscaux, et qui font une pub incessante pour faire croire que l’on va s’enrichir sans risque ni se fatiguer. Il faut savoir que ces produits existent de manière officielle sur l'ensemble des bourses mondiales et que des millions de transactions s'effectuent chaque jour qui ne produisent aucune valeur ajoutée, à part celle du compte en banque de seulement 5% des joueurs gagnants, car 95% sont perdants.

Pour faire fonctionner ce type de produit, entre autres, des ingénieurs ont crées des machines, ordinateurs aux puissances démesurés. Ces machines traitent des millions de transactions en une seule seconde, elles sont de ce fait en partie incontrôlables. C'est justement aussi cette fulgurance qui est un des éléments qui a transformé le marché. Les cours à la baisse ou à la hausse, arrivent désormais à adopter des lignes relativement cohérentes, crées par la fulgurance des transactions plus que de la part humaine liée aux valeurs en tant que telles.

C'est bien la machine qui prend le pas sur l'homme et non plus la valeur qui devient une donnée accessoire du système. C'est ainsi que des algorithmes prennent le pas sur la réalité des valeurs. Et peu importe qu'il s'agisse de monnaies, de matières premières, ou d'autres choses, seule la variation prime.

Ce propos n'est pas de détruire toute forme de spéculation, car il ne paraît pas illogique que l'on puisse investir sur une entreprise à laquelle on croit, ou parce qu'on a confiance en l'équipe qui la gère et ses objectifs. Ma réflexion est surtout de me révolter contre cette spéculation effrénée sans contrôle et sans morale, crée par une économie néolibérale avide devenue incontrôlable, une spéculation casino.

C’est l'absence de régulation qui a permis ces dérives.


Le plus cynique, est qu'après cette dégringolade des banques, Lehman-Brothers en tête, et du premier assureur mondial AIG qui couvrait leurs opérations ensuite, nous avons assisté incrédules, aux sauvetages des survivants dont Goldman-Sachs et aux renflouements de la plupart des banques occidentales impliquées de manière directe ou indirecte dans cette déroute.

On nous expliquait à grand renfort de communication que c'était pour notre bien, que les sauver, c'était nous sauver nous mêmes, que toutes nos économies occidentales ne survivraient pas sans cette contribution publique, qu'il ne pouvait être fait autrement, et qu'on avait bien de la chance d'avoir des politiciens aussi responsables et clairvoyants qui n'hésitaient pas à mettre la main à notre poche pour sauver ce système.

Bons citoyens passifs, ou bons consommateurs responsables et éclairés, au choix, nous avons largement acquiescé, remerciant cette initiative politique responsable qui allait sauver notre monde tel que nous le connaissions.

Et tant pis si la dette des états allait en prendre un coup, car pour donner cet argent aux banques, argent que les états n’avaient pas en caisse, il faudrait emprunter. Là encore, nous n'avions pas saisi ce qu'était cette dette énorme et grossissante qui restait somme toute une donnée assez virtuelle pour le commun des mortels que nous sommes pour la plupart.

Ensuite, l’incendie éteint, on nous a expliqué que dans ce coup on avait été trop fort car ça nous avait rapporté pleins de sous, vu que les banques nous avaient remboursés vachement vite, rubis sur l'ongle et intérêts en plus.

Deux petites choses nous avaient peut être échappé dans l'euphorie de cette bonne nouvelle ; c'est que l'intérêt sur l'argent emprunté pour renflouer les banques, personne n'en parlait ou presque, et que pour rembourser aussi rapidement l'état, les banques avaient juste fait comme avant la crise.. Aucun changement, les mêmes aux mêmes commandes avec les mêmes méthodes.

Et nos politiques n'ont pas été capables d'imposer un vrai changement à ce système qui a fait naître cette crise. Les incendiaires sont restés et sont toujours aux commandes perpétuant avec le même cynisme, les mêmes opérations sans aucune règles. Impunité totale. Aucun des responsables n'a été condamné, même après les commissions d’enquêtes américaines.

Je me demande encore comment les fervents adeptes du libéralisme économique ont pu justifier leur monde qui prône la liberté économique en valeur absolue, le sacro saint marché, qui déteste et lutte contre l'état providence et qui admet en même temps la participation du même état providence pour sauver son économie défaillante ? Où est la logique ?

Comment on s'arrange de cet arrangement ?

Il serait plus convenable si l'on veut une économie libre qui s'auto régule, qu’elle se débrouille seule quant elle est dans ses propres difficultés et laisse faire son merveilleux marché la sauver d'elle même.  

Car au final, c'est tout le monde qui a payé et paye encore pour un seul monde. Un monde, l'industrie financière, il s'agit bien d'une industrie aujourd'hui, et la plus grande, qui n'est plus au service de l'économie et des citoyens, son métier d'origine, mais qui met l'ensemble du monde à son service et les politiques à sa botte tant sa puissance est pleinement affirmée.

Il n'est qu'à compter le nombre de conseillers financiers du gouvernement d'Obama actuellement encore aux meilleures places à la maison blanche qui l'étaient étonnement déjà sous Georges Bush (cherchez l’erreur), et qui ont pour un grand nombre d'entre-eux toutes les responsabilités de la crise de 2008 ! Le premier en tête étant l'ex Président de Goldman-Sachs Henry Paulson. Je vous invite à visionner l'excellent film « Inside Job » vous aurez tous les détails.  

Pas de complot bien sur, sauf peut-être celui inhérent à la nature humaine, que plus aucune morale religieuse, sociale ou républicaine, n'arrive à limiter, qui est celui de l'avidité !

L'état du monde est celui là le vice et l'avidité règnent en Maîtres et nous font assister au désastre annoncé. A croire que l'on veut à tout prix avancer la fin du monde.

Espérons que ce ne soit que la fin d’un monde.. ?


Laissons le dernier mot à Georges Steiner  par ses paroles justes et espérantes:


‎"Notre comportement social, politique et même familial fait encore trop de place au sadisme, à la tromperie, à un intellect primitif. Notre cupidité, notre soif de massacre, parait sans fin. La puanteur de l'argent infecte nos vies. Mais quand nous produisons un sonnet de Shakespeare, composons une messe en si mineur, ou bataillons, au fil des siècles, aux prises avec la conjecture de Goldbach ou le problème des trois corps, nous nous transcendons. Alors, en vérité, il n'est point de "plus grand prodige que l'homme" 

Commentaires

12.10.2012 20:10

Benoît LEGROS

Très intéressante cette recherche et merci de nous la faire partager.
A bientôt qui sait.

12.10.2012 21:12

Rémy

Merci pour ton intérêt et ton témoignage Benoit. Au plaisir de te revoir.

10.10.2012 12:06

françois

Pas mal vu pour un ex routier sympa . Bon, soyons sérieux : combien tu le vends ton pas de porte "café du commerce" ? Signé : MacDo.

10.10.2012 16:32

Remy

cher François Macdo, attends un peu avant d'acheter car ce sera bientôt la faillite et tu l'auras pour rien..

10.10.2012 09:27

FB

bon j'allais écrire un comm' mais ça m'a limité très vite, je vais donc commenter ailleurs

4. oct., 2012

La faute aux français ?

Un de mes amis, un tantinet provocateur, me conseille de commenter sur mon blog la Définition d'un journal anglais sur cette France de Mélenchon et de Bernard Arnault, ... 

 

"Un système de gouvernement où les moins capables de gouverner sont élus par les moins capables de produire et où les autres membres de la société les moins aptes à subvenir à eux-mêmes ou à réussir, sont récompensés par des biens et des services qui ont été payés par la confiscation de la richesse et du travail d'un nombre de producteurs en diminution continuelle"

 

Assez libertaire par nature, et largement contradicteur, je ne puis m’empêcher cet exercice, au risque de m’y perdre, mais peu m’importe après tout.

Je ne m’attacherai pas aux contradictions que contient cette définition, peut-être s’agit-il d’un défaut de traduction.

En gros l’idée, on l’aura tous compris, est de dire qu’en France, on déteste les riches, car les français sont tous des profiteurs (d’un état providence financé par les courageux entrepreneurs désormais découragés..) assistés, désirant travailler de moins en moins.

Nous touchons là, le fonds de la pensée unique anglo-saxonne, reprise par une bonne part de nos concitoyens sympathisants UMP, et du mépris qui les animent à l’égard de ceux qui ne pensent pas comme eux.

On a bien le droit d’être de bords différents, et d’imaginer des types de sociétés autrement que celles en vigueur, mais cette pensée unique, donneuse de leçon, incapable du moindre doute, ou d’une analyse du monde réel dans lequel nous vivons, commence à m’être très pénible.

Dans une bonne part de cette frange de la population droitière, l’on pense depuis des décennies, jusqu’à l’inscrire en lettre d’or dans l’inconscient collectif libéral, que le français n’est qu’un profiteur, absolument assisté et particulièrement fainéant.  Et que  cela serait quasiment l’unique source de nos problèmes.  Quid de la mondialisation, des méfaits de l’ultra-libéralisme, des crises financières successives, des délocalisations, etc. etc. (la liste serait trop longue) Que nenni, le vrai problème, pour eux qui savent, c’est le franchouillard.

Aucune des statistiques qui notamment démontrent que la France a le meilleur taux de productivité industrielle ne les convaincra du contraire.  (Les japonais, pas très connu pour leur fainéantise, ont choisi pourtant la France pour installer leurs sites de production Européen)

 

D’ailleurs, plutôt que de tenter d’éveiller ces irréductibles sur la France qui n’est pas telle qu’ils voudraient la voir, je m’attacherai à une réflexion courte comme le veut l’usage ici, sur nos magnifiques sociétés modernes libérales.

 

Quel est le premier impératif de l’homme, si ce n’est d’abord de subvenir à ses besoins ? Alors de ce point de vue, l’origine des sociétés humaines, est bien reposée sur l’économie. Quoi qu’ils fassent les hommes seront soumis à ces mécanismes économiques. Pour autant, est-ce que ce fondement doit nous livrer à la dictature du tout-économique comme c’est le cas actuellement   ?

 

Il faudrait des pages, et elles ont déjà été écrites, pour établir un état des lieux de notre monde qui ne tourne plus qu’autour de « l’avoir », laissant de côté « l’être » depuis si longtemps.

Je ne m’y risquerais pas,  je dirai simplement que l’homme méritait mieux pour son épanouissement que cette domination du tout économique. L’abandon des valeurs fondatrices de l’humanité au principe de la seule valeur liée à la production des richesses, sépare encore plus les hommes. On est bien loin du « religare » originel, de cette utopie bienveillante qui espérait relier les hommes entre eux.

Nous n’avons pas su choisir non plus une voie médiane, après avoir tenté l’illusion collectiviste, nous nous sommes rangés comme Marx l’avait d’ailleurs prévu, dans un capitalisme généralisé planétairement.

N’allez pas croire que je sois marxiste pour autant, mais il est simplement flagrant de constater que sa vision du monde industriel et de ce qu’il allait devenir à l’échelle mondiale est assez conforme avec la réalité que nous pouvons observer aujourd’hui. L’asservissement de nos sociétés modernes au capital, comme de nos organisations politiques, en est la meilleure preuve.

Que fait d’ailleurs le gouvernement socialiste en place aujourd’hui, élu sur une espérance de changement, si ce n’est, en déplaise aux irréductibles, de ne rien changer ou presque, à part peut-être une politique fiscale différemment répartie qui fait fuir Monsieur Arnault ?

Alors que dans le fond, les gens espéraient un vrai changement qui remettrait l’homme à sa vraie place, au centre, et non au bout d’une chaine dont il ne maîtrise plus rien.

Il est loin le temps des lumières et des droits de l’homme où la France influençait les nations par ses valeurs. Peut-être, pour quelques-uns, avons-nous eu l’innocence de croire qu’elle pourrait reprendre la place qu’elle eut dans le passé. Celle qui montrait une direction noble, celles des valeurs qui n’ont pas de prix.

Aujourd’hui la seule valeur est comptable, le seul vrai pouvoir ; financier. Et ce ne sont plus quelques idéaux, aussi beaux qu’ils soient, comme ceux inscrits aux frontons de nos mairies, « Liberté, Egalité, Fraternité » qui priment.

Ce ne sont plus que des sentences désuètes, que le vent et la pollution vont effacer au fil du temps sur les pierres, témoins encore de cette grande et magnifique utopie de notre République laïque.

Je n’irai pas plus loin au risque de lasser.

C’est moi qui suis las à vrai dire, de l’emploi généralisé des courtes vues…

Vive la République !